L’avenir des commerces dits «verts»

Un succès à long terme
Comment se porte le «commerce vert» sur notre territoire? Pour certains, cela fonctionne.Pour d’autres, il a fallu fermer boutique. Portrait de la situation.

Josianne Haspeck


(Photo Michel Chartrand)




(Photo Michel Chartrand)
Philippe Bélanger a décidé, il y a bientôt un an, de fonder une entreprise qui se spécialise dans la réparation et la revente de moteurs usagés
Quelques-uns des produits offerts en vente au grenier
populaire des Basses-Laurentides.
Invitée à choisir son premier «morceau», la députée de Deux-Montagnes, Hélène Robert, avait alors déniché ces magnifiques manteau et chapeau lors de l’ouverture
officielle de la Ressourcerie des Patriotes.


Économie sociale, récupération, recyclage, le commerce dit «vert» englobe un peu toutes ces facettes visant le respect de l’environnement. Le Grenier populaire des Basses-Laurentides fait partie de ceux qui ont tenté le coup. Depuis 1990, l’entreprise voit à apporter une aide concrète et un soutien aux personnes en situation précaire par la vente de meubles et d’appareils électroménagers à coût minime.

En plus d’être accréditée entreprise d’insertion, le Grenier populaire des Basses-Laurentides participe également à la protection de l’environnement en recyclant. En 2006, plus de 200 tonnes de marchandises ont été recyclées et le recyclage des halocarbures a fourni tout le fuel dont le département de réparation avait besoin pour remettre en fonction les appareils électroménagers. Annuellement, on remet en état 1 600 appareils. En plus, l’entreprise s’occupe de récupérer le métal.

L’entreprise d’économie sociale connaît un succès certain. La directrice générale adjointe, Lise Savard, affirme que ce type de commerce se porte bien, mais sa santé dépend des partenaires et de l’engagement de la communauté. «C’est la communauté qui décide, à un moment donné, de mettre sur pied ce dont elle a besoin. Économiquement parlant, il faut que la communauté dise: oui, on a besoin d’un service comme ça», souligne-t-elle.

Avoir une «première pensée environnementale»
À quel point la communauté est prête à s’investir? Là réside la véritable question. Effectivement, la directrice générale de la Ressourcerie des Patriotes, qui a fermé ses portes le 30 novembre 2006, Georgette Lévesque Lemyre, se la pose elle aussi. «Il faut que les gens s’engagent. Ils y croient à l’environnement, mais ils ne sont pas prêts à faire la démarche. Il faut user de créativité, se remettre à coudre. Il faut voir plus loin que ce qu’il y a devant nous.»

La Ressourcerie des Patriotes consistait en un genre de magasin général avec vêtements et menus objets. «L’objectif était de faire l’éducation de l’environnement, de montrer que chaque citoyen a la capacité de travailler à sa dimension pour le mieux-être de notre environnement», explique Mme Lemyre.

C’est en 2003 que le commerce a débuté. Avec une population de quelque 100 000 habitants dans les environs, ce n’était pas le manque de vêtements qui consistait le problème, mais la difficulté à avoir une «première pensée environnementale».

«À Saint-Eustache, on est dans un milieu qui est propice à l’environnement, mais il est difficile de faire comprendre cette notion aux gens en raison de la proximité du marché aux puces où l’on peut acheter des vêtements à moindre coût, croit-elle, ce n’est pas un automatisme.»

L’ancienne directrice générale n’a pas perdu espoir. Selon elle, la société finira par se tourner vers les produits usagés. Pour y arriver, elle estime qu’il faudrait que les grands acteurs, comme les villes, les commissions scolaires, les centres locaux de développement, les chambres de commerce et d’industrie de la région, «se mettent ensemble pour faire du commerce vert, un projet de communauté, de ville, de MRC». Elle ajoute qu’il faut «qu’il y ait de l’avenir. Si je reste la seule à y croire, on va respirer du plastique», s’insurge-t-elle.

Penser vert pour son entreprise
Philippe Bélanger a décidé, il y a bientôt un an, de fonder une entreprise qui se spécialise dans la réparation et la revente de moteurs usagés. «Je crois qu’avec un sens de la récupération, ce genre de commerce a beaucoup d’avenir. En moyenne, les familles possèdent deux véhicules, mais également une souffleuse, un coupe-bordures. En achetant usagé, elles économisent. Ça vaut le coup. J’offre une garantie en plus», explique-t-il.

Multi Services Bélanger, qui a pignon sur rue à Saint-Eustache, se procure des moteurs qui ne fonctionnent plus, les répare et les revend. Les pièces qui ne sont pas en bon état sont recyclées. «L’esprit vert m’est venu en développant mon commerce. Il n’y a pas d’entreprise du genre dans la région. J’ai bon espoir qu’à long terme, je vais me bâtir une réputation. Il y a plusieurs possibilités d’ouverture là-dedans», estime M. Bélanger.

Selon le Centre local de développement (CLD) de la MRC de Deux-Montagnes, les commerces verts peuvent remporter du succès autant qu’il existe un besoin pour leurs produits sur le territoire. Ces entreprises demeurent des entreprises «hyper subventionnées». «Est-ce qu’elles fonctionneraient dans un cadre autonome? Ça ne veut pas dire que ça ne fonctionnerait pas, mais la réalité est difficile», estime Marie-Claude Granger, commissaire au développement économique.

Selon le directeur général du CLD de la MRC de Deux-Montagnes, Jean-Marc Fauteux, l’influence des municipalités avec leur virage vert devrait se faire sentir. «C’est davantage à long terme que les municipalités pourront influencer le citoyen. Il sera alors plus ouvert à encourager les commerces verts», précise-t-il.