Mentorat d’affaires au CLD de la MRC de Deux-Montagnes
Le savoir-être à l’œuvre
Dans la mythologie grecque, le héros Ulysse charge son ami Mentor de faire l’éducation de son fils Télémaque lors de son absence. Le monde des affaires, et tout particulièrement le CLD de la MRC de Deux-Montagnes, a su reprendre à son compte cette fable et l’adapter à sa réalité.
Dany Cloutier

 

(Photo Michel Chartrand)

Le chef mentor, François-X. Allard, et le commissaire
au mentorat d’affaires, Claude Levasseur.


La Fondation de l’entrepreneurship définit le mentorat d’affaires comme «une relation fondée sur un engagement libre et volontaire basé sur la confiance et le respect mutuel. Une personne d’expérience, le mentor, accompagne un nouvel entrepreneur moins expérimenté, le mentoré». Le mentorat agit sur le savoir-être de l’entrepreneur. D’ailleurs, le mentor n’a aucun intérêt dans l’entreprise du mentoré ni lien d’affaires. «Son seul intérêt est de voir l’entrepreneur se réaliser», explique François-X. Allard, chef mentor au sein de la cellule mentorale de Deux-Montagnes.

Des rôles divers
Quelle fonction le mentor occupe-t-il? Il peut aider le mentoré à briser sa solitude de décideur. Il le soutient dans l’analyse des situations qui s’offrent à lui. Le mentor aide l’entrepreneur à établir ses priorités et à déceler les pièges qu’il pourrait trouver sur sa route. «Ça frise la paternité», image M. Allard. Le mentor écoute beaucoup plus qu’il ne parle. À l’opposé, en quoi la relation mentorale peut-elle aider un entrepreneur? Les raisons sont diverses, en voici quelques-unes: prévoir l’évolution de son entreprise, mieux comprendre les aléas du milieu des affaires, profiter d’un jugement extérieur pour éclairer ses décisions, faire converger différentes opinions pour atteindre une vision globale, susciter la génération d’idées novatrices et obtenir de l’aide pour les mener à terme.

Le mentor doit être ouvert à répondre rapidement aux questions du mentoré ou à interroger certains problèmes internes à l’entreprise afin de remettre les pendules à l’heure. Comment distinguer le mentorat des autres formes de soutien? Le conseiller oriente, le coach développe une compétence spécifique, le consultant recommande, alors que le mentor accompagne et motive. «C’est par la transmission de son savoir-être et de son savoir-faire que le mentor guidera le nouvel entrepreneur mentoré dans ses démarches», indique la Fondation.

Une des clés du succès
Pourquoi faire appel à un mentor? Tout d’abord, les statistiques démontrent que 50 % des nouvelles entreprises ne parviennent pas à franchir le cap des cinq années d’existence. Le taux de succès monte à plus de 80 % lorsque les entrepreneurs sont soutenus et encadrés. Le mentorat d’affaires n’est pas la seule raison de ce succès, mais il en fait assurément partie. «Le pif, l’instinct, c’est quelque chose qui s’acquiert difficilement, explique François-X. Allard. C’est à ce niveau que nous pouvons aider les gens.»

Le CLD de la MRC de Deux-Montagnes donne comme exemple la démarche de Sylvia Mariani, entrepreneure et mentorée qui a obtenu les services de mentorat de la cellule deux-montagnaise: «Avec mon mentor, j’ai reçu beaucoup d’information et j’ai appris à être plus prudente en toute circonstance, explique-t-elle. Je me sens plus sécurisée dans mes négociations. Sans mentor, j’aurais pu me casser les dents et manquer des occasions d’affaires. Je n’aurais probablement pas accompli moins, mais j’aurais sûrement pris plus de temps ou bien j’aurais fait les choses différemment. Je me sentais appuyée, j’avais une alliée.»

Une démarche structurée
La règle d’or d’une relation mentorale, c’est que le mentor ne prenne jamais la place du mentoré dans le processus décisionnel. «Bien au contraire, il devra s’effacer discrètement afin de laisser les coudées franches au promoteur», indique pour sa part le CLD.

Bien que la bonne foi et le respect mutuel soient de mise, la cellule de mentorat de Deux-Montagnes suit tout de même un processus précis dans l’établissement d’une relation mentor-mentoré. Dans un premier temps, la personne qui veut bénéficier du service rencontre le commissaire au mentorat d’affaires du CLD de la MRC de Deux-Montagnes, Claude Levasseur. Il remplit ensuite une demande formelle en indiquant entre autres le secteur d’activité qu’il occupe et les attentes qu’il a envers un éventuel mentor, laquelle demande est envoyée à l’équipe de mentorat. Si la collaboration au service de mentorat demeure une démarche formelle, le CLD a limité la paperasserie au minimum. «La règle de base, c’est pas de crayon et pas de papier», résume M. Allard. Cette démarche est suivie d’un rendez-vous au cours duquel deux mentors et le chef mentor, François-X. Allard, rencontrent l’entrepreneur désireux d’être appuyé. Suivra la décision de l’équipe de mentors.

Mais ne formule pas de demande qui le veut. Il faut être un entrepreneur ou avoir le désir de le devenir. Le mentorat n’est pas conçu pour régler les problèmes de gestion ou les problèmes opérationnels de l’entreprise, dans leurs technicités. «L’intervention se situe plus au niveau de l’entrepreneur que de l’entreprise», explique le CLD. Cet entrepreneur doit être en période de démarrage (un à cinq ans d’existence) ou de maturité (plus de cinq ans). Idéalement, l’entreprise aura au moins 20 000 $ de chiffre d’affaires ou sera en voie de l’obtenir. Elle devra être incorporée, avoir un établissement dans la MRC de Deux-Montagnes et fournir de l’emploi à au moins deux personnes (incluant les propriétaires).

La durée type d’une relation mentor-mentoré oscille entre 12 et 18 mois, mais selon les besoins, elle peut durer à peine trois mois ou se poursuivre durant des années. «On peut évaluer à plus ou moins deux ou trois heures par mois la disponibilité requise du mentor et du mentoré», indique-t-on. On demande au mentoré de verser un don forfaitaire de 350 $ «basé sur l’honneur» afin d’assurer la poursuite du service.

Le CLD a reçu jusqu’à maintenant une quarantaine de demandes et il compte sur une équipe d’une vingtaine de mentors provenant de divers secteurs de l’activité économique: manufacturier, industriel, services, commerce de détail et ainsi de suite. Des mentors d’expérience qui ont fait leurs preuves dans leur secteur d’activité et qui, comme tout entrepreneur, ont trouvé des réponses à plusieurs de leurs questions.