Pendant que la notion de développement durable gagne du terrain

La construction durable se bâtit un avenir solide
L’expression «développement durable» est maintenant entrée dans le vocabulaire du commun des mortels. Cette notion n’est plus utilisée que par une poignée d’initiés ou quelques politiciens qui veulent se donner bonne conscience.

Marie Grenon


(Photo Michel Chartrand)




Le centre commercial Place Lorraine est
un bel exemple de construction durable.
Le projet immobilier Terrasses sur le Parc est
le premier à être certifié Novoclimat à Blainville.
La conscience écologique gagne
désormais le milieu de la construction.


Les constructeurs parlent à leur tour de «construction durable» ou de «construction verte». Le coût des énergies et la prise de conscience écologique aidant, le respect de l’environnement dans la construction gagne la faveur des Américains, depuis quelques années, et influence le domaine de la construction au Canada.

Il y a seulement quelques années, les entreprises trouvaient intéressante l’expérience de bâtir des habitations vertes, mais ne voyaient pas la rentabilité au point de vue des affaires. On parle, en 2007, de la norme R-2000, la certification LEED et la certification Novoclimat. Ces certifications demandent aux constructeurs de dépasser les exigences des codes du bâtiment. Elles ont toutes un point en commun: la réduction de la consommation d’énergie.

La norme R-2000 fixe un objectif de consommation d’énergie pour chaque maison et établit une série d’exigences techniques concernant la ventilation, l’étanchéité à l’air, l’isolation, le choix des matériaux, la consommation d’eau, etc. Elles sont approximativement 40 % plus sévères que celles contenues dans les codes du bâtiment. La norme R-2000 a été élaborée il y a plus de 20 ans (et mise à jour depuis) par Ressources naturelles Canada (RNCan) en partenariat avec l’industrie de la construction résidentielle du Canada. Elle est administrée par l’Office de l’efficacité énergétique de RNCan.

D’autre part, il existe une coalition nationale d’entreprises, de constructeurs, d’universités, d’administrations et d’organismes sans but lucratif qui travaille, depuis 1993, à promouvoir une construction responsable envers l’environnement, rentable et saine pour la qualité de vie: le U.S. Green Building Council (USGBC). Ce regroupement s’est donné un système de mesure de performance fiable pour la construction de nouveaux bâtiments ou d’édifices rénovés, la certification LEED pour Leadership in Energy and Environmental Design.

Par ailleurs, au Québec, l’Agence de l’efficacité énergétique a développé, en 1999, le concept Novoclimat. La certification Novoclimat a pour objectif d’appuyer les projets de construction de grande qualité et écoénergétique. Chaque bâtiment profite ainsi d’une isolation supérieure éprouvée par des tests d’infiltrométrie rigoureux et est muni d’un système de ventilation composé d’un récupérateur de chaleur. Seuls les constructeurs et les installateurs spécialement formés peuvent recevoir l’accréditation Novoclimat.

Toutefois, n’obtient pas qui veut ces certifications. Il n’est pas possible en cours de route de décider de construire ou de rénover un bâtiment tout en respectant les règles des certifications LEED ou Novoclimat. Il faut, dès la conception du projet, avoir en tête les exigences requises pour l’obtention de ces certifications. Inutile de dire qu’il est hors de question d’ouvrir les murs pour isoler avec de meilleurs matériaux ou de tout changer la structure de ciment pour se conformer à ces normes.

Dans la MRC de Thérèse-De Blainville, les promoteurs de deux projets, soit celui de la rénovation du centre commercial Place Lorraine et le projet immobiliser Terrasses sur le Parc, à Blainville, ont décidé de faire leur part pour la sauvegarde de l’environnement en tentant d’obtenir respectivement des certifications LEED et Novoclimat.

Deux projets de construction durable
Selon Louis Voizard, le vice-président Est du Canada chez First Capital Realty (la compagnie immobilière qui a acheté Place Lorraine grâce à un investissement de plus de sept millions de dollars, en 2006) il faudra attendre encore quelque temps avant que le projet de «redéveloppement» du centre commercial ne se concrétise. Le changement à la tête de la bannière Provigo oblige le promoteur à négocier avec un nouvel interlocuteur. De plus, une fois le projet
complété, un délai est requis pour l’obtention de la certification LEED.

First Capital Reality acquiert, possède et assure le développement de centres commerciaux de quartier et communautaires au Canada et aux États-Unis. Pour M. Voizard, les mesures de performance fixées par le USGBC permettent de réduire les coûts d’énergie et de maintenance: une bonne nouvelle pour ses locataires. «Si je regarde à long terme, les bâtiments construits ainsi sont moins “énergivores” et coûtent moins cher à opérer. Au Canada, il n’y a pas beaucoup d’expériences tentées avec des projets LEED», précise M. Voizard.

Le vice-président admet cependant que cela vient augmenter la facture totale de l’ordre de 7 % à 10 %, selon l’envergure du projet. Pour qu’une construction soit certifiée LEED, le promoteur du projet doit choisir soigneusement les architectes, les ingénieurs et les constructeurs qui interviendront. Ces normes exigent même de se soucier du traitement des eaux de pluie et du traitement du site en construction, de même que des matériaux qui seront utilisés (le type de colle, de peinture, etc.).

Le vice-président considère qu’en 2007, il est important de construire des bâtiments respectueux de l’environnement et envisage que tous ses projets futurs soient exécutés en tenant compte de l’approche verte prônée par LEED. À Rivière-des-Prairies, un centre commercial de quartier devrait ouvrir ses portes ce mois-ci. Il a été entièrement conçu selon les normes LEED.

«Notre groupe a des intérêts dans des propriétés aux États-Unis. Cette approche LEED a commencé à voir le jour chez nos voisins du Sud. On œuvre dans un domaine où l’on doit se ternir au fait», a mentionné M. Voizard, en précisant qu’au Canada très peu de projets commerciaux ont été réalisés en suivant les normes LEED. «Beaucoup de gens construisent avec l’idée de vendre alors que nous voulons garder nos actifs à long terme», a déclaré Louis Voizard.

Pour sa part, le promoteur Karol Fortin, de Construction KF, qui a rénové des casernes de pompiers, construit des condominiums et bâti des écoles, n’en est pas à son premier projet d’envergure. Toutefois, c’est à titre de propriétaire de logements locatifs qu’il a décidé de construire une habitation selon les normes Novoclimat.

Bien qu’il ait dû débourser quelque 40 000 $ supplémentaires pour répondre aux besoins de la certification, M. Fortin a bien l’intention de répéter l’expérience, tant qu’Hydro-Québec accordera une aide financière pour absorber une partie des frais supplémentaires. Cette subvention s’est chiffrée à 20 000 $ dans le cas de ce projet.

Le concept Novoclimat s’adresse aux promoteurs d’immeubles d’habitation de sept étages et moins. Hydro-Québec et le Fonds en efficacité énergétique de Gaz Métro appuient le concept Novoclimat en accordant aux promoteurs une aide financière selon la source d’énergie principale de l’immeuble.

Selon M. Fortin, en plus de contribuer à protéger l’environnement, le programme Novoclimat permet de donner une meilleure valeur de revente à ses bâtiments. Il en est tellement convaincu qu’il avoue avoir l’intention de réaliser tous ses projets privés en se basant sur ces règles. Si ce n’est de l’économie d’énergie réalisée grâce à la performance d’un système de ventilation composé d’un ventilateur-récupérateur de chaleur (qui récupère 60 % de la chaleur) et à l’isolation qui utilise des matériaux de qualité supérieure, M. Fortin soutient que les futurs propriétaires auraient tous avantage à exiger au moins ces deux éléments auprès de leur constructeur, même si le prix de la construction en est quelque peu haussé. «J’avoue qu’il y a quelques normes qui sont peut-être exagérées. Vous devriez voir les tests et inspections effectués par les gens de Novoclimat. C’est très sérieux», de mentionner M. Fortin.

De l’avis de M. Fortin, les locataires de ses habitations peuvent ainsi réduire leur facture d’électricité de moitié, tout en bénéficiant d’un confort accru dû au fait que la température intérieure est équitablement répartie dans les différentes pièces. Les immeubles certifiés Novoclimat contribuent à réduire en moyenne, et de façon récurrente, 20 % des coûts d’énergie des occupants, tout cela en offrant de surcroît une meilleure qualité d’air.

L’Agence de l’efficacité énergétique a attribué, le 12 juillet 2006, la certification Novoclimat aux habitations du projet immobilier Terrasses sur le Parc, situées au 1007 et 1009, chemin du Plan-Bouchard, à proximité du Parc équestre et de l’hôtel de ville de Blainville. C’est la première phase d’un ensemble immobilier qui comptera 48 logements sous le concept Novoclimat et dix autres condominiums. La seconde phase sera en construction au cours de l’été 2007.

Pourquoi les écoles et les villes n’exigent-elles pas des immeubles certifiés Novoclimat? M. Fortin n’aura que cette réponse: le budget. Celui-ci explique que lorsqu’il est appelé à travailler sur de tels projets, il doit répondre à un appel d’offres. Il doit répondre à un devis de construction. «Pour que l’on puisse obtenir la certification Novoclimat, il faut commencer le projet à sa base, à partir de sa conception. On ne peut le faire en cours de route. Tout doit être pensé en fonction des normes requises», explique Karol Fortin. «Les villes et les gouvernements devraient avoir davantage de projets certifiés Novoclimat», dit-il.

Des exemples de projets comme ceux de First Capital Reality et Construction KF commencent à voir le jour. Ils démontrent, sans l’ombre d’un doute, que la région a elle aussi adopté le concept de construction durable.