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Les constructeurs parlent à leur tour de «construction
durable» ou de «construction verte». Le coût des
énergies et la prise de conscience écologique aidant, le
respect de l’environnement dans la construction gagne la faveur
des Américains, depuis quelques années, et influence le
domaine de la construction au Canada.
Il y a seulement quelques années, les entreprises trouvaient intéressante
l’expérience de bâtir des habitations vertes, mais
ne voyaient pas la rentabilité au point de vue des affaires. On
parle, en 2007, de la norme R-2000, la certification LEED et la certification
Novoclimat. Ces certifications demandent aux constructeurs de dépasser
les exigences des codes du bâtiment. Elles ont toutes un point en
commun: la réduction de la consommation d’énergie.
La norme R-2000 fixe un objectif de consommation d’énergie
pour chaque maison et établit une série d’exigences
techniques concernant la ventilation, l’étanchéité
à l’air, l’isolation, le choix des matériaux,
la consommation d’eau, etc. Elles sont approximativement 40 % plus
sévères que celles contenues dans les codes du bâtiment.
La norme R-2000 a été élaborée il y a plus
de 20 ans (et mise à jour depuis) par Ressources naturelles Canada
(RNCan) en partenariat avec l’industrie de la construction résidentielle
du Canada. Elle est administrée par l’Office de l’efficacité
énergétique de RNCan.
D’autre part, il existe une coalition nationale d’entreprises,
de constructeurs, d’universités, d’administrations
et d’organismes sans but lucratif qui travaille, depuis 1993, à
promouvoir une construction responsable envers l’environnement,
rentable et saine pour la qualité de vie: le U.S. Green Building
Council (USGBC). Ce regroupement s’est donné un système
de mesure de performance fiable pour la construction de nouveaux bâtiments
ou d’édifices rénovés, la certification LEED
pour Leadership in Energy and Environmental Design.
Par ailleurs, au Québec, l’Agence de l’efficacité
énergétique a développé, en 1999, le concept
Novoclimat. La certification Novoclimat a pour objectif d’appuyer
les projets de construction de grande qualité et écoénergétique.
Chaque bâtiment profite ainsi d’une isolation supérieure
éprouvée par des tests d’infiltrométrie rigoureux
et est muni d’un système de ventilation composé d’un
récupérateur de chaleur. Seuls les constructeurs et les
installateurs spécialement formés peuvent recevoir l’accréditation
Novoclimat.
Toutefois, n’obtient pas qui veut ces certifications. Il n’est
pas possible en cours de route de décider de construire ou de rénover
un bâtiment tout en respectant les règles des certifications
LEED ou Novoclimat. Il faut, dès la conception du projet, avoir
en tête les exigences requises pour l’obtention de ces certifications.
Inutile de dire qu’il est hors de question d’ouvrir les murs
pour isoler avec de meilleurs matériaux ou de tout changer la structure
de ciment pour se conformer à ces normes.
Dans la MRC de Thérèse-De Blainville, les promoteurs de
deux projets, soit celui de la rénovation du centre commercial
Place Lorraine et le projet immobiliser Terrasses sur le Parc, à
Blainville, ont décidé de faire leur part pour la sauvegarde
de l’environnement en tentant d’obtenir respectivement des
certifications LEED et Novoclimat.
Deux projets de construction durable
Selon Louis Voizard, le vice-président Est du Canada chez First
Capital Realty (la compagnie immobilière qui a acheté Place
Lorraine grâce à un investissement de plus de sept millions
de dollars, en 2006) il faudra attendre encore quelque temps avant que
le projet de «redéveloppement» du centre commercial
ne se concrétise. Le changement à la tête de la bannière
Provigo oblige le promoteur à négocier avec un nouvel interlocuteur.
De plus, une fois le projet
complété, un délai est requis pour l’obtention
de la certification LEED.
First Capital Reality acquiert, possède et assure le développement
de centres commerciaux de quartier et communautaires au Canada et aux
États-Unis. Pour M. Voizard, les mesures de performance fixées
par le USGBC permettent de réduire les coûts d’énergie
et de maintenance: une bonne nouvelle pour ses locataires. «Si je
regarde à long terme, les bâtiments construits ainsi sont
moins “énergivores” et coûtent moins cher à
opérer. Au Canada, il n’y a pas beaucoup d’expériences
tentées avec des projets LEED», précise M. Voizard.
Le vice-président admet cependant que cela vient augmenter la facture
totale de l’ordre de 7 % à 10 %, selon l’envergure
du projet. Pour qu’une construction soit certifiée LEED,
le promoteur du projet doit choisir soigneusement les architectes, les
ingénieurs et les constructeurs qui interviendront. Ces normes
exigent même de se soucier du traitement des eaux de pluie et du
traitement du site en construction, de même que des matériaux
qui seront utilisés (le type de colle, de peinture, etc.).
Le vice-président considère qu’en 2007, il est important
de construire des bâtiments respectueux de l’environnement
et envisage que tous ses projets futurs soient exécutés
en tenant compte de l’approche verte prônée par LEED.
À Rivière-des-Prairies, un centre commercial de quartier
devrait ouvrir ses portes ce mois-ci. Il a été entièrement
conçu selon les normes LEED.
«Notre groupe a des intérêts dans des propriétés
aux États-Unis. Cette approche LEED a commencé à
voir le jour chez nos voisins du Sud. On œuvre dans un domaine où
l’on doit se ternir au fait», a mentionné M. Voizard,
en précisant qu’au Canada très peu de projets commerciaux
ont été réalisés en suivant les normes LEED.
«Beaucoup de gens construisent avec l’idée de vendre
alors que nous voulons garder nos actifs à long terme», a
déclaré Louis Voizard.
Pour sa part, le promoteur Karol Fortin, de Construction KF, qui a rénové
des casernes de pompiers, construit des condominiums et bâti des
écoles, n’en est pas à son premier projet d’envergure.
Toutefois, c’est à titre de propriétaire de logements
locatifs qu’il a décidé de construire une habitation
selon les normes Novoclimat.
Bien qu’il ait dû débourser quelque 40 000 $ supplémentaires
pour répondre aux besoins de la certification, M. Fortin a bien
l’intention de répéter l’expérience,
tant qu’Hydro-Québec accordera une aide financière
pour absorber une partie des frais supplémentaires. Cette subvention
s’est chiffrée à 20 000 $ dans le cas de ce projet.
Le concept Novoclimat s’adresse aux promoteurs d’immeubles
d’habitation de sept étages et moins. Hydro-Québec
et le Fonds en efficacité énergétique de Gaz Métro
appuient le concept Novoclimat en accordant aux promoteurs une aide financière
selon la source d’énergie principale de l’immeuble.
Selon M. Fortin, en plus de contribuer à protéger l’environnement,
le programme Novoclimat permet de donner une meilleure valeur de revente
à ses bâtiments. Il en est tellement convaincu qu’il
avoue avoir l’intention de réaliser tous ses projets privés
en se basant sur ces règles. Si ce n’est de l’économie
d’énergie réalisée grâce à la
performance d’un système de ventilation composé d’un
ventilateur-récupérateur de chaleur (qui récupère
60 % de la chaleur) et à l’isolation qui utilise des matériaux
de qualité supérieure, M. Fortin soutient que les futurs
propriétaires auraient tous avantage à exiger au moins ces
deux éléments auprès de leur constructeur, même
si le prix de la construction en est quelque peu haussé. «J’avoue
qu’il y a quelques normes qui sont peut-être exagérées.
Vous devriez voir les tests et inspections effectués par les gens
de Novoclimat. C’est très sérieux», de mentionner
M. Fortin.
De l’avis de M. Fortin, les locataires de ses habitations peuvent
ainsi réduire leur facture d’électricité de
moitié, tout en bénéficiant d’un confort accru
dû au fait que la température intérieure est équitablement
répartie dans les différentes pièces. Les immeubles
certifiés Novoclimat contribuent à réduire en moyenne,
et de façon récurrente, 20 % des coûts d’énergie
des occupants, tout cela en offrant de surcroît une meilleure qualité
d’air.
L’Agence de l’efficacité énergétique
a attribué, le 12 juillet 2006, la certification Novoclimat aux
habitations du projet immobilier Terrasses sur le Parc, situées
au 1007 et 1009, chemin du Plan-Bouchard, à proximité du
Parc équestre et de l’hôtel de ville de Blainville.
C’est la première phase d’un ensemble immobilier qui
comptera 48 logements sous le concept Novoclimat et dix autres condominiums.
La seconde phase sera en construction au cours de l’été
2007.
Pourquoi les écoles et les villes n’exigent-elles pas des
immeubles certifiés Novoclimat? M. Fortin n’aura que cette
réponse: le budget. Celui-ci explique que lorsqu’il est appelé
à travailler sur de tels projets, il doit répondre à
un appel d’offres. Il doit répondre à un devis de
construction. «Pour que l’on puisse obtenir la certification
Novoclimat, il faut commencer le projet à sa base, à partir
de sa conception. On ne peut le faire en cours de route. Tout doit être
pensé en fonction des normes requises», explique Karol Fortin.
«Les villes et les gouvernements devraient avoir davantage de projets
certifiés Novoclimat», dit-il.
Des exemples de projets comme ceux de First Capital Reality et Construction
KF commencent à voir le jour. Ils démontrent, sans l’ombre
d’un doute, que la région a elle aussi adopté le concept
de construction durable.
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