Martin Roy, ingénieur, LEED AP

Faire autrement et mieux
Diplômé en génie mécanique de l’École polytechnique de Montréal, Martin Roy est sans doute l’un des seuls ingénieurs québécois à compter parmi ses mandats, des réalisations durables reconnues tant sur le plan local qu’international.

Valérie Maynard


(Photo Michel Chartrand)


(Photo Michel Chartrand)


(Photo Michel Chartrand)
Les associés Martin Roy et Marc Vacquerie posent en compagnie des employés de la firme, nommément Azzedine Ben Abdesselam, Claude Yelle, Gaétan Bélanger, Julien Bono Roy et Réal Piédalue. Absents lors de la photo, Jérôme Dionne,
Gordon Buckingham, Marc-André Desrosiers et Marie-Martine Bédard.
Le projet Benny Farm, auquel Martin Roy a participé,
a obtenu, parmi 3 000 projets en provenance de 118 pays, le Prix de bronze de construction durable de la Fondation Holcim, à Bangkok, en avril dernier. Il faut ajouter
que Benny Farm avait au préalable reçu le Prix or pour l’Amérique du Nord. Ce succès reconnu dans le monde entier est le fruit du travail d’une équipe unie par
les mêmes objectifs. Il s’agit de l’Office de l’éclectisme urbain et fonctionnel (l’OEUF), les architectes Pearl Poddibiuk et Associés et la firme d’ingénieurs Martin Roy
et Associés.
Le maire de Deux-Montagnes, Marc Lauzon, devant ce qui deviendra
la phase II du Manoir Grand-Moulin.


Martin Roy, lauréat de la 17e édition du Concours Énergia
En novembre dernier, devant quelque 500 convives, Martin Roy recevait, lors de la 17e édition du Concours Énergia de l’Association pour la maîtrise de l’énergie, le titre de lauréat de l’année. La distinction est en reconnaissance des efforts soutenus de sa firme – Martin Roy et Associés – dans la promotion de l’efficacité énergétique ainsi que pour l’excellence des réalisations de l’entreprise. La firme Martin Roy et Associés comptait parmi les 44 finalistes du concours.


La phase II du Manoir Grand-Moulin,
premier bâtiment certifié LEED Or dans la région

La Ville de Deux-Montagnes, seul actionnaire de la Corporation du Manoir Grand-Moulin, vient de donner un nouveau souffle au projet de construction de la phase II du Manoir en lui conférant un caractère environnemental. «L’environnement, c’est devenu une préoccupation pour tout le monde. Il ne suffit plus d’en parler. L’heure est désormais aux gestes concrets», de soutenir le maire de Deux-Montagnes, Marc Lauzon.
C’est dans cette optique que lui et son conseil municipal ont fait appel aux services de Martin Roy et Associés pour la construction de cette phase II, un projet de logement social de quelque 60 unités. «Et nous comptons bien obtenir la certification LEED Or», de préciser M. Lauzon. Ce faisant, le bâtiment deviendra le premier du genre dans la région à être construit selon les exigences LEED. La construction de la phase II du Manoir Grand-Moulin est prévue débuter ce printemps pour occupation en novembre 2007.


On n’a qu’à penser à la Tohu – La Cité des arts du cirque de Montréal –, premier bâtiment québécois à obtenir une certification LEED Or (voir encadré) ou au projet Benny Farm, un projet de construction et de rénovation de 187 unités de logement réparties sur quatre propriétés existantes et reliées entre elles par une infrastructure verte. Un modèle éloquent d’architecture urbaine durable. Deux projets auxquels Martin Roy a participé et qui ont été chaudement salués internationalement avec respect et admiration.

«Déjà, vers la fin des années 80, je travaillais à des projets d’efficacité énergétique. Mais à l’époque, c’était davantage pour sauver de l’argent que pour économiser l’énergie», se souvient-il.

Vingt ans plus tard, si la fin porte davantage en elle la préoccupation environnementale, le leitmotiv de Martin Roy lui, demeure le même: «Faire autrement et mieux».

Vers une conception intégrée du bâtiment durable
Fondateur de la firme d’ingénieurs Martin Roy et Associés, à Deux-Montagnes, et président d’une étude de génie-conseil en mécanique et électrique axée sur le développement durable depuis plus de 15 ans, professionnel accrédité LEED AP, membre du comité technique du Conseil du bâtiment durable du Canada et conférencier notoire, Martin Roy a développé une expertise unique en matière de génie bioclimatique, privilégiant la conception intégrée du bâtiment durable. «En équipe, dans une approche intégrée, nous pouvons discuter de nos besoins fonctionnels et effectuer des modifications pour optimiser l’efficacité énergétique du bâtiment. Cette façon de faire nous permet de réviser le plan, point par point, ensemble, et ultimement de concevoir un bâtiment durable, efficacement énergétique», explique-t-il. Une approche qui, à bien des égards, prend des allures de révolution en remettant en question l’approche traditionnelle et plus linéaire des projets de construction.

Efficacité énergétique
L’année 2000 a résolument marqué un tournant en matière d’efficacité énergétique au Québec et au Canada avec l’arrivée de la certification LEED du US Green Building Council. S’adressant davantage aux architectes qu’aux ingénieurs, cette certification a toutefois le mérite d’inciter ceux qui opèrent le projet à enfin faire appel aux ingénieurs. «J’ai tout de suite vu l’avantage de cette certification sur notre façon de faire et de construire. De là, tout le reste a suivi», souligne M. Roy.

Mais tous ne sont pas prêts à emboîter le pas. Malgré les outils désormais disponibles, malgré la possibilité de faire de la simulation énergique et toute la bonne volonté du monde, le pire frein à la conception intégrée du bâtiment durable demeure, selon Martin Roy, le promoteur. Sans compter l’absence d’expertise en la matière, la mauvaise compréhension de la chose et la facture d’honoraires, 10 % plus élevée. «On ne fait pas encore assez appel aux ingénieurs pour la conception mécanique du bâtiment. On n’est pas encore rendu à l’ère de la simulation énergique», déplore M. Roy. Un procédé qui permettrait pourtant de modéliser mathématiquement et précisément la consommation énergétique heure par heure, pendant un an, et qui, au bout du compte, permettrait la réalisation d’économies substantielles.

L’affaire de tout le monde
Se considérant lui-même en marge des autres, «c’est clair qu’à la Polytechnique, je n’entrais pas dans le moule», révèle-t-il, Martin Roy a toujours eu en lui cette pensée pour l’environnement. Et une volonté ferme de faire autrement et mieux. Aujourd’hui, il est convaincu que plus que jamais, l’opportunité de faire autrement et mieux est là. «Ça m’allume beaucoup», soutient-il, optimiste avant tout. «Les gens sont en train de comprendre qu’ils ont tous un rôle à jouer dans la survie de la planète», croit-il.

Même si, dans bien des cas, le mal est fait – en 2040, il n’y aura plus de banquise, peu importe ce qu’on fait à partir de maintenant –, Martin Roy continue fermement de croire au potentiel de l’homme. Suffit de laisser libre cours à sa créativité. «Rappelez-vous la problématique de couche d’ozone, dans les années 80. Aujourd’hui, on voit le trou rapetisser. L’homme a été capable de renverser la situation», expose-t-il.

Peu importe que nous soyons politiquement à gauche ou à droite, nous vivons tous sur la même planète. Et plus que tout, nous souhaitons voir nos enfants y vivre encore, après nous. Alors, le mieux ne serait-il pas justement de faire autrement et mieux?

Certification LEED
Système d’évaluation des bâtiments écologiques reconnu internationalement, le système LEED, Leadership in Energy and Environmental Design, permet l’évaluation de la performance écologique d’un bâtiment. Fondé sur l’attribution de crédits qui permettent aux projets de gagner des points pour les mesures respectueuses de l’environnement qui sont adoptées pendant la construction, LEED vise également à réaliser un système d’évaluation consensuel et axé sur le marché afin d’accélérer le développement et l’adoption de pratiques de construction écologiques.

Le système par points de LEED comporte cinq grandes catégories de crédits, soit l’aménagement écologique du site, la gestion efficace de l’eau, énergie et atmosphère, matériaux et ressources et la qualité des environnements intérieurs. Chaque catégorie est ensuite divisée en crédits qui eux sont ensuite ventilés en points. L’innovation, une performance environnementale exceptionnelle et la présence d’un professionnel agréé LEED au sein de l’équipe du projet permettent d’obtenir des points supplémentaires.

Outre la certification de base, il existe également des niveaux de certification plus élevés (selon le nombre de points obtenus), tels argent, or et platine.