Virage bleu dans les Basses-Laurentides

La gestion de la qualité de l’eau au cœur du développement régional
La région des Basses-Laurentides compte plusieurs étendues d’eau d’importance, en plus de posséder en son sous-sol l’une des nappes phréatiques les plus considérables au Québec.

Valérie Maynard


(Photo Michel Chartrand)



(Photo Michel Chartrand)
La députée de Mirabel, Denise Beaudoin, se défend bien d’être celle qui tentera de freiner le développement. Selon elle, il s’agit plutôt d’apprendre à développer au bon endroit. «Faisons donc de la prévention et protégeons nos cours d’eau», fait-elle valoir.
Cofondateur et président de la Coalition québécoise pour une gestion
responsable de l’eau – Eau Secours!, André Bouthillier pose en compagnie
de la députée de Mirabel, Denise Beaudoin, et du président
du Parti québécois de Mirabel, Yves Boucher.
 


En octobre dernier, la députée de Mirabel, Denise Beaudoin, recevait, en l’église d’Oka et devant des centaines de personnes, l’astrophysicien et environnementaliste de réputation internationale Hubert Reeves, alors que ce dernier acceptait de prononcer une conférence portant sur les dangers qui menacent la planète. Pour André Bouthillier, cofondateur et président de la Coalition québécoise pour une gestion responsable de l’eau – Eau Secours!, cette conférence représentait aussi, et surtout, l’occasion rêvée d’annoncer publiquement la mise sur pied d’une coalition, cette fois régionale, pour une gestion responsable de l’eau. Une première au Québec. «Ça fait déjà cinq ans qu’on y pense à cette coalition régionale. Mais on attendait le bon moment pour aller de l’avant», de déclarer M. Bouthillier.
Pourquoi ici plutôt qu’ailleurs? Parce que l’organisme connaît bien la région pour y avoir suivi le dossier de la mine de niobium, à Oka. «Ce projet, ça fait 10 ans qu’on tente de le bloquer», indique-t-il. Et parce que la gestion de l’eau au Québec demeure un problème. «Nous sommes des ignorants en ce qui concerne l’eau souterraine et, par conséquent, des incompétents», ajoute-t-il.

Site d’enfouissement sanitaire
à Lachute
Mais le véritable point tournant dans la décision d’établir une coalition régionale dans les Basses-Laurentides, explique M. Bouthillier, c’est le site d’enfouissement sanitaire situé à Lachute, à proximité de Mirabel. De fait, en juillet dernier, Mme Beaudoin contactait l’organisme Eau Secours!, afin de faire part de ses inquiétudes concernant ce mégasite. En tête de ses préoccupations, outre le haut risque à l’effet que les lixiviats de décharge (eaux usées complexes et fortement polluées résultant de la percolation de l’eau de pluie à travers les déchets) s’écoulent et contaminent la nappe phréatique, la vente du site par la Régie intermunicipale Argenteuil–Deux-Montagnes à un promoteur privé. «Notre territoire repose sur l’une des plus belles nappes phréatiques du Québec. Or, ce site d’enfouissement, qui grossit de plus en plus, est une véritable menace pour notre eau. Le mettre entre les mains d’un promoteur privé, c’est en perdre le contrôle», dénonce-t-elle.

Plusieurs questions demeurées sans réponse ont d’ailleurs été adressées maintes fois à l’Assemblée nationale par la députée et sa demande d’une enquête publique rejetée, fait-elle valoir. «Tout ce qu’on nous propose, ce sont les rapports des promoteurs», déplore-t-elle. Mais la députée n’entend pas lâcher prise et compte poursuivre la bataille en réclamant de nouveau une enquête publique, et ce, dès la prochaine rentrée parlementaire. Sauf que cette fois, les appuis en faveur de cette enquête sont plus nombreux, plusieurs maires et conseillers des villes membres s’étant récemment désaffiliés de la Régie intermunicipale Argenteuil–Deux-Montagnes.

Portrait de la nappe phréatique
En outre, une étude commandée par la Commission géologique du Canada et portant sur l’analyse de l’eau souterraine en Amérique du Nord, s’est déroulée à Mirabel, en 2000. La mise sur pied d’une coalition régionale trouve aussi sa source dans les résultats de cette étude. En mai 2002, cette étude – la première du genre effectuée sur une nappe phréatique au Québec – a ensuite été remise au Conseil régional de développement des Laurentides puis aux MRC d’Argenteuil, de Mirabel, de Deux-Montagnes et de Thérèse-De Blainville. Or depuis, c’est le silence. «Je crois bien que les puisomètres vont pourrir là. Le problème, c’est que les villes n’ont ni les connaissances ni les ressources pour traiter de cette question», admet M. Bouthillier. C’est précisément là que la Coalition régionale entrera en jeu. Pour faciliter les rencontres et aider au développement des compétences. «Par la création de la Coalition régionale, nous espérons que chaque ville sera en mesure d’analyser l’eau dans son sous-sol pour ensuite l’inclure à son schéma d’aménagement. Notre message est clair: soyez donc la première région au Québec à développer votre compétence pour cette ressource», lance-t-il.

Des rencontres consistant en la présentation de la gestion de l’eau dans un cadre de développement durable seront vraisemblablement mises de l’avant au cours des prochains mois. «L’approche n’en sera ni une de confrontation, ni une visant à culpabiliser les gens. On est tous égaux. On est tous des ignorants de l’eau», de souligner encore M. Bouthillier.

Quant à Mme Beaudoin, elle estime que la mise sur pied d’une coalition régionale se traduira forcément par un
signal clair envoyé à ceux qui persistent à dire que tout va bien au niveau de la gestion de l’eau. «Nous voulons faire jurisprudence. Nous voulons créer un précédent», de conclure la députée.

Eau Secours!
Fondée en 1997 dans le but de contrer la montée de la privatisation au Québec, la Coalition québécoise pour une gestion responsable de l’eau – Eau Secours! compte actuellement environ 2 000 membres individuels et 225 groupes et associations totalisant à eux seuls quelque 1,3 million de personnes. La mission de l’organisme se divise en trois volets: d’abord le volet social, parce que tout ce que l’on fait et dit a forcément un impact social; le volet environnemental, pour la protection de l’environnement; et enfin, le volet citoyen, pour que se développe la conscience du citoyen face aux nombreux enjeux reliés à l’eau.
Le but de la coalition est de revendiquer et promouvoir une gestion responsable de l’eau dans une perspective de santé publique, d’équité,
d’accessibilité, de défense collective des droits de la population, d’amélioration des compétences citoyennes, de développement durable et de
souveraineté collective sur cette ressource vitale et stratégique.

La gestion de l’eau dans un cadre de développement durable
La région des Basses-Laurentides compte plusieurs étendues d’eau d’importance, tels la rivière des Mille Îles et le lac des Deux Montagnes, en plus de posséder en son sous-sol l’une des nappes phréatiques les plus considérables au Québec. La Coalition québécoise pour une gestion responsable de l’eau, section régionale, invite les municipalités, groupes, associations et entreprises à se mobiliser afin d’assurer la préservation de cette ressource. Pour en savoir plus, composez le 514-270-7915 ou tapez [www.eausecours.org].