En octobre dernier, la députée de Mirabel, Denise
Beaudoin, recevait, en l’église d’Oka et devant des
centaines de personnes, l’astrophysicien et environnementaliste
de réputation internationale Hubert Reeves, alors que ce dernier
acceptait de prononcer une conférence portant sur les dangers qui
menacent la planète. Pour André Bouthillier, cofondateur
et président de la Coalition québécoise pour une
gestion responsable de l’eau – Eau Secours!, cette conférence
représentait aussi, et surtout, l’occasion rêvée
d’annoncer publiquement la mise sur pied d’une coalition,
cette fois régionale, pour une gestion responsable de l’eau.
Une première au Québec. «Ça fait déjà
cinq ans qu’on y pense à cette coalition régionale.
Mais on attendait le bon moment pour aller de l’avant», de
déclarer M. Bouthillier.
Pourquoi ici plutôt qu’ailleurs? Parce que l’organisme
connaît bien la région pour y avoir suivi le dossier de la
mine de niobium, à Oka. «Ce projet, ça fait 10 ans
qu’on tente de le bloquer», indique-t-il. Et parce que la
gestion de l’eau au Québec demeure un problème. «Nous
sommes des ignorants en ce qui concerne l’eau souterraine et, par
conséquent, des incompétents», ajoute-t-il.
Site d’enfouissement sanitaire
à Lachute
Mais le véritable point tournant dans la décision d’établir
une coalition régionale dans les Basses-Laurentides, explique M.
Bouthillier, c’est le site d’enfouissement sanitaire situé
à Lachute, à proximité de Mirabel. De fait, en juillet
dernier, Mme Beaudoin contactait l’organisme Eau Secours!, afin
de faire part de ses inquiétudes concernant ce mégasite.
En tête de ses préoccupations, outre le haut risque à
l’effet que les lixiviats de décharge (eaux usées
complexes et fortement polluées résultant de la percolation
de l’eau de pluie à travers les déchets) s’écoulent
et contaminent la nappe phréatique, la vente du site par la Régie
intermunicipale Argenteuil–Deux-Montagnes à un promoteur
privé. «Notre territoire repose sur l’une des plus
belles nappes phréatiques du Québec. Or, ce site d’enfouissement,
qui grossit de plus en plus, est une véritable menace pour notre
eau. Le mettre entre les mains d’un promoteur privé, c’est
en perdre le contrôle», dénonce-t-elle.
Plusieurs questions demeurées sans réponse ont d’ailleurs
été adressées maintes fois à l’Assemblée
nationale par la députée et sa demande d’une enquête
publique rejetée, fait-elle valoir. «Tout ce qu’on
nous propose, ce sont les rapports des promoteurs», déplore-t-elle.
Mais la députée n’entend pas lâcher prise et
compte poursuivre la bataille en réclamant de nouveau une enquête
publique, et ce, dès la prochaine rentrée parlementaire.
Sauf que cette fois, les appuis en faveur de cette enquête sont
plus nombreux, plusieurs maires et conseillers des villes membres s’étant
récemment désaffiliés de la Régie intermunicipale
Argenteuil–Deux-Montagnes.
Portrait de la nappe phréatique
En outre, une étude commandée par la Commission géologique
du Canada et portant sur l’analyse de l’eau souterraine en
Amérique du Nord, s’est déroulée à Mirabel,
en 2000. La mise sur pied d’une coalition régionale trouve
aussi sa source dans les résultats de cette étude. En mai
2002, cette étude – la première du genre effectuée
sur une nappe phréatique au Québec – a ensuite été
remise au Conseil régional de développement des Laurentides
puis aux MRC d’Argenteuil, de Mirabel, de Deux-Montagnes et de Thérèse-De
Blainville. Or depuis, c’est le silence. «Je crois bien que
les puisomètres vont pourrir là. Le problème, c’est
que les villes n’ont ni les connaissances ni les ressources pour
traiter de cette question», admet M. Bouthillier. C’est précisément
là que la Coalition régionale entrera en jeu. Pour faciliter
les rencontres et aider au développement des compétences.
«Par la création de la Coalition régionale, nous espérons
que chaque ville sera en mesure d’analyser l’eau dans son
sous-sol pour ensuite l’inclure à son schéma d’aménagement.
Notre message est clair: soyez donc la première région au
Québec à développer votre compétence pour
cette ressource», lance-t-il.
Des rencontres consistant en la présentation de la gestion de l’eau
dans un cadre de développement durable seront vraisemblablement
mises de l’avant au cours des prochains mois. «L’approche
n’en sera ni une de confrontation, ni une visant à culpabiliser
les gens. On est tous égaux. On est tous des ignorants de l’eau»,
de souligner encore M. Bouthillier.
Quant à Mme Beaudoin, elle estime que la mise sur pied d’une
coalition régionale se traduira forcément par un
signal clair envoyé à ceux qui persistent à dire
que tout va bien au niveau de la gestion de l’eau. «Nous voulons
faire jurisprudence. Nous voulons créer un précédent»,
de conclure la députée.
Eau Secours!
Fondée en 1997 dans le but de contrer la montée de la privatisation
au Québec, la Coalition québécoise pour une gestion
responsable de l’eau – Eau Secours! compte actuellement environ
2 000 membres individuels et 225 groupes et associations totalisant à
eux seuls quelque 1,3 million de personnes. La mission de l’organisme
se divise en trois volets: d’abord le volet social, parce que tout
ce que l’on fait et dit a forcément un impact social; le
volet environnemental, pour la protection de l’environnement; et
enfin, le volet citoyen, pour que se développe la conscience du
citoyen face aux nombreux enjeux reliés à l’eau.
Le but de la coalition est de revendiquer et promouvoir une gestion responsable
de l’eau dans une perspective de santé publique, d’équité,
d’accessibilité, de défense collective des droits
de la population, d’amélioration des compétences citoyennes,
de développement durable et de souveraineté collective sur
cette ressource vitale et stratégique.
La gestion de l’eau dans un cadre de développement durable
La région des Basses-Laurentides compte plusieurs étendues
d’eau d’importance, tels la rivière des Mille Îles
et le lac des Deux Montagnes, en plus de posséder en son sous-sol
l’une des nappes phréatiques les plus considérables
au Québec. La Coalition québécoise pour une gestion
responsable de l’eau, section régionale, invite les municipalités,
groupes, associations et entreprises à se mobiliser afin d’assurer
la préservation de cette ressource. Pour en savoir plus, composez
le 514-270-7915 ou tapez [www.eausecours.org].
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