Politique de gestion des matières résiduelles 1998-2008
Une politique audacieuse
Dans les pays industrialisés, le dernier siècle aura été consacré à la satisfaction sans cesse croissante des besoins de consommation. Pour cela, il aura fallu extraire et transformer de grandes quantités de ressources naturelles.
Nous savons aujourd’hui que ces ressources ne sont pas inépuisables.

Caroline d’Astous

 

Parmi les entreprises qui participent
à l’effort collectif de mise en valeur des matières résiduelles, citons les Brasseurs du Nord, brasseurs de
la bière Boréale, qui, entre autres actions, apposent leur logo sur des verres en plastique recyclable.
Sur la photo: Laura Urtnowski,
présidente de l’entreprise.
Johanne Riverin, vice-présidente, Communications, sensibilisation et éducation chez Recyc-Québec.


Dans le même sens, nous savons également que les activités d’extraction et de fabrication sont responsables des principaux problèmes de pollution: pollution des eaux, réchauffement climatique sous l’accumulation de gaz à effet de serre, contamination et érosion des sols, dégradation des écosystèmes et diminution de la biodiversité. Soucieux d’intervenir pour contrer la pollution, le gouvernement du Québec a décidé de mettre en œuvre une stratégie pour valoriser une saine gestion des matières résiduelles.

Implantation de nouvelles valeurs
À la fin des années 1980, le Québec adoptait sa toute première Politique de gestion intégrée des déchets solides. Cette politique fixait un objectif de réduction de 50 % des déchets envoyés à l’élimination en l’an 2000. Notons qu’en 1989, la quantité de matières résiduelles éliminées était de 5,7 millions de tonnes sur une quantité générée de sept millions de tonnes. Ainsi, un peu moins de 1,3 million de tonnes de matières résiduelles étaient mises en valeur.

Fait inquiétant, dix ans plus tard, la quantité de matières résiduelles générées est passée à 8,3 millions de tonnes alors que la quantité éliminée est de 5,3 millions de tonnes. Même si cela représente plus de trois millions de tonnes de matières résiduelles mises en valeur, soit plus du double qu’en 1989, le taux de réduction à l’élimination n’est que de 10,8 %, très loin de l’objectif de 50 % de la politique de 1989, et ce, en partie parce que les matières résiduelles générées ont augmenté de 1,3 million de tonnes.

En regard de ce bilan, le gouvernement du Québec a adopté, à la fin des années 1990, une nouvelle Politique québécoise de gestion des matières résiduelles qui propose une gestion plus respectueuse de l’environnement.

Objectif
Séparée en trois secteurs, cette politique, dont l’échéance arrive en 2008, a pour but de réduire le volume des matières qui sont envoyées dans les sites d’enfouissement de la Belle Province.

Considérée comme une politique audacieuse par certains, la Politique de gestion des matières résiduelles a pour objectif général de mettre en valeur au moins 65 % des matières résiduelles annuellement.

Dans ce dessein, le gouvernement souhaite que tous les secteurs de la société apportent leur contribution. Des objectifs de valorisation ont été fixés pour chaque secteur et pour chaque matière. Notons que la réduction des résidus destinés à l’élimination permet d’économiser
l’espace occupé dans les lieux d’enfouissement, ce qui a pour effet d’en prolonger la durée de vie utile et de restreindre le besoin d’en créer des nouveaux.

Volet municipal
Premier acteur concerné par la politique, le monde municipal a pour objectif de trouver des stratégies pour réduire le volume de déchets envoyés dans les sites d’enfouissement.

Parmi ceux-ci, 60 % du verre, du plastique, du métal, des fibres, des résidus encombrants et des matières putrescibles; 80 % des contenants de bière et de boissons gazeuses à remplissage unique; 50 % des textiles; 20 % des métaux non consignés; 75 % des huiles, des peintures et des pesticides, aussi appelés résidus domestiques dangereux; et finalement, 60 % de tous les autres résidus domestiques dangereux.

Au niveau des entreprises, des commerces et des institutions, les objectifs sont 70 % pour ce qui est du plastique et des fibres, du bois et des textiles; 95 % des métaux et du verre; 60 % des matières putrescibles et 85 % pour les pneus.

Dernier secteur concerné par la politique, l’industrie de la construction et de la rénovation est appelée à faire sa part en trouvant des solutions pour réduire 60 % de toutes les matières rejetées et qui peuvent être mises en valeur.
Fait intéressant, si le taux actuel de génération des résidus se maintient, l’atteinte de ces objectifs fera passer la quantité de matières mises en valeur à près de sept millions de tonnes en l’an 2008 (trois millions en 1996).

Le rôle de Recyc-Québec
Pour assurer l’intégration et la complémentarité des actions visant la récupération et la valorisation des matières résiduelles, telles qu’intégrées à l’intérieur de la politique, l’organisme Recyc-Québec coordonnera leur mise en œuvre dans tout le Québec.

Ainsi, tous les deux ans, un bilan de la gestion des matières résiduelles au Québec sera publié par l’organisme. À partir de ces bilans, le gouvernement réévaluera les orientations de la politique sur une base quinquennale.

Fait intéressant, on se retrouve, en 2000, avec plus de sept millions de tonnes à éliminer, comparativement à
environ 5,7 millions de tonnes en 1988. Il s’agit d’une
augmentation de 23 %.

Interrogée quant à l’application de la politique jusqu’à maintenant, la vice-présidente, Communications, sensibilisation et éducation, chez Recyc-Québec, Johanne Riverin, se fait rassurante. «Vingt-neuf actions ont été mises en place afin de réaliser les objectifs», explique-t-elle.

Parmi les points forts, Mme Riverin relève que les commerces ont déjà atteint 80 % de leur objectif à l’échelle du Québec. «L’environnement est devenu un enjeu de grande importance. Ce que la politique tient à promouvoir, c’est une exploitation intelligente des ressources», précise-t-elle.

Notons qu’au niveau des municipalités, en 2004, l’objectif était atteint à 49 %. «En 2008, l’ensemble des municipalités devrait avoir atteint 50 % de l’objectif», ajoute Mme Riverin.

MRC de Thérèse-De Blainville
Manifestement fière de l’arrivée des nouveaux bacs de recyclage, la Ville de Blainville a réussi, en une année, grâce à la collecte robotisée, à augmenter le nombre de matières recyclées sur son territoire.

«En 2006, nous avons eu 51 240 tonnes, comparativement à 47 158 en 2005», de révéler le directeur du développement des services urbains, Éric de La Sablonnière, précisant que la Ville possède un site de matières dangereuses ouvert à l’année. «Nous n’allons pas nécessairement atteindre notre objectif, mais nous allons nous en approcher», lance-t-il.

Mettant beaucoup d’efforts depuis deux ans en faveur de l’environnement, la Ville de Rosemère a également fait une avancée considérable. Ainsi, en 2006, la Ville a mis à la disposition des citoyens des bacs de compostage. «Nous pensions en distribuer une centaine et nous avons eu plus de 600 demandes de la part de nos citoyens», indique Michel Girouard, directeur des communications à Rosemère.

Questionné sur l’objectif, le directeur confie que la Ville a atteint 38,75 % de son objectif jusqu’à maintenant. «Nous sommes très confiants pour 2008», indique-t-il, précisant que plusieurs actions seront mises de l’avant en 2007. «Nous allons mettre de l’emphase sur les commerces pour 2007», dit-il.

Notons que la MRC de Thérèse-De Blainville est
composée de sept villes: Blainville, Boisbriand, Rosemère, Lorraine, Bois-des-Filion, Sainte-Thérèse et Sainte-Anne-des-Plaines. On y recense quelque 131 000 citoyens, 2 000 commerces et 280 entreprises manufacturières.