Réduisez votre empreinte écologique
Carbone zéro: investir pour l’environnement
Ne cherchez pas, aucune entreprise dans les Basses-Laurentides ne peut encore se vanter d’être une compagnie Carbone zéro. C’est seulement en 2004 que des entreprises canadiennes ont obtenu les premières certifications de ce type.

Marie Grenon

 

Le président de Ideum.ca inc.,
Louis Desrosiers, cherche toujours à faire davantage
pour la préservation de l’environnement.
L’arbre ne fait pas qu’enjoliver le paysage.
Il contribue à endiguer le phénomène de l’effet de serre.
Ci-dessus: Maisonnette dans un jardin
(maisonnette et arbres), Pablo Picasso, 1908.


Ideum.ca inc., une entreprise de petite taille, est la première au Québec a avoir obtenu la certification Carbone zéro. Les projets de cette firme montréalaise de consultation en design (principalement pour des expositions) sont réalisés dans le souci de respecter l’environnement.

C’est lorsqu’il était encore à compléter son baccalauréat en design industriel que Louis Desrosiers a été sensibilisé à l’importance de respecter l’environnement. Au début des années 2000, le terme «empreinte écologique» a particulièrement attiré son attention.

L’empreinte écologique est définie comme la surface nécessaire pour produire les ressources consommées par une population et pour absorber ses déchets, soit l’impact d’une activité sur son écosystème. Elle peut se mesurer par hectare par individu. Au Canada, d’après notre façon de consommer les ressources, sept hectares sont utiles par individu. «Il faut réduire cette empreinte écologique. À l’époque, on avait mis sur pied un site pour promouvoir quelques solutions simples pour y arriver», indique Louis Desrosiers.

Ce dernier a voulu entreprendre des actions encore plus déterminantes en faveur de la préservation de l’environnement, sans être à la remorque du gouvernement et des grandes entreprises. En 2004, le président d’Ideum.ca a joint la Fondation canadienne de l’arbre pour tenter de calculer l’émission de dioxyde de carbone dans ses activités quotidiennes.

Ideum.ca émettait en 2003, 2004 et 2005 six tonnes de CO2 annuellement. Depuis 2005, l’entreprise, en limitant ses rendez-vous à l’extérieur du bureau, en utilisant le transport en commun pour se déplacer lorsque nécessaire et en apportant des changements dans le système de chauffage de ses locaux (qui est passé du mazout à l’eau chaude), a réussi à diminuer cette émission à 2,1 tonnes de CO2 par année. «Nous sommes deux dans le bureau et nous sommes des concepteurs. On utilise pour outils des crayons et du papier. Nous émettons tout de même six tonnes de CO2 par année», fait observer M. Desrosiers.

Pour neutraliser les émissions de CO2, la Fondation canadienne de l’arbre plantait 36 arbres au nom de l’entreprise. L’investissement de l’entreprise est de 4 $ par arbre en plus des 500 $ annuellement requis pour obtenir la certification.

Les deux associés de l’entreprise auraient pu se contenter de cette certification. Ils ont toutefois décidé de neutraliser le CO2 émis pour servir leurs clients dans le cadre de divers projets. Pour ce programme, 836 arbres ont été plantés pour compenser l’émission de 198 tonnes de CO2 depuis l’année 2003-2004.

Utilisant du bois et divers matériaux dans le cadre d’expositions, les associés d’Ideum.ca sont allés jusqu’à acheter un terrain qu’ils ont reboisé en procédant à la plantation de 249 arbres depuis 2003. «Pour que nos projets soient certifiés Carbone zéro, on a évalué le tout grossièrement. Pour les petits projets, on estime à deux tonnes les émissions de CO2, pour les moyens à cinq tonnes et pour les grands à dix tonnes», d’expliquer Louis Desrosiers.

Pour ce dernier, ça ne fait que six mois à peine que les clients cognent à la porte d’Ideum.ca principalement pour sa préoccupation environnementale. Pourquoi a-t-il fallu tout ce temps pour que les clients adoptent cette vision?

«C’est peut-être une question de génération. Les gestes de préservation de l’environnement sont vus comme une dépense. Le réflexe, dans les affaires, c’est d’évaluer ce que ça rapporte en termes d’investissement. De ce point de vue, ça n’est pas très clair pour les gens», de préciser M. Desrosier.

Avec la notion du développement durable, les gens d’affaires vont, selon lui, calculer de plus en plus la valeur économique, la valeur environnementale et la valeur sociale de divers projets. Déjà, ces données commencent à apparaître dans certains rapports annuels appelés «rapports de développement durable». Ideum.ca est membre du Global Reporting Initiative, un organisme qui encourage les entreprises à adopter ce type de rapport. «On produit nous-mêmes des rapports de développement durable. On nous les demande partout au Canada, indique Louis Desrosiers. Quand les gens fondent une compagnie, ils fondent une personne morale au sens de la loi. Une fois l’entreprise créée, la morale est partie.»

Pour M. Desrosiers, le fait que peu d’entreprises soient certifiées Carbone zéro est dû à un manque d’information. «Les gens mélangent encore couche d’ozone, réchauffement climatique et protocole de Kyoto», lance M. Desrosiers pour démontrer le travail de sensibilisation qu’il reste à faire. Une chose est claire pour le président d’Ideum.ca, avec la vision qu’il a de son entreprise, pas question d’ajouter à sa liste de clients un pollueur comme, par exemple, une compagnie pétrolière. «Si une telle compagnie nous appelle pour faire une affiche ou implanter un centre d’interprétation sur les nouvelles technologies d’extraction du pétrole, on ne répondra pas», avise M. Desrosiers.

Le programme environnemental de Ideum.ca a pour objectif de réduire l’empreinte écologique. L’entreprise récupère, recycle ses cartouches d’encre, son papier, achète des équipements à faible consommation d’énergie. Après le reboisement (pour remplacer le bois et le papier utilisés), l’utilisation autant que possible d’énergie verte (pour compenser pour l’énergie dépensée), M. Desrosiers compte bien, d’ici peu, trouver un moyen pour purifier l’eau souillée. Il y réfléchit…

Une grande entreprise qui montre l’exemple
La Corporation Baxter possède une usine à Sherbrooke. Depuis plus de 70 ans, Baxter a participé activement à bon nombre de percées médicales: médicaments intraveineux, dialyse, traitements par des composants sanguins et traitement de l’hémophilie. C’est la seule autre entreprise québécoise qui possède la certification Carbone zéro. En 2005, elle est devenue la première usine manufacturière au Canada à avoir été certifiée Carbone Zéro.

De l’avis du coordonnateur en environnement, Jonathan Nicol, pour qu’une compagnie soit certifiée ISO 14001, comme c’est le cas pour Baxter, elle doit déjà s’interroger sur ses pratiques environnementales.

Le concept de base de la norme ISO 14001 repose sur l’amélioration continue des performances environnementales. «On s’est rendu compte qu’on faisait de la récupération, qu’on avait un programme de réduction de consommation d’énergie, mais qu’on ne s’occupait pas des gaz à effet de serre. Nous avons fait des recherches à ce sujet. Nous avons fait venir une firme d’experts. Nous avons émis le premier rapport pour l’année 2003. On l’a remis à la Fondation canadienne de l’arbre», explique M. Nicol.

Pour neutraliser son émission de CO2 , la compagnie fera planter chaque année autour de 450 arbres en Estrie. En 2005, l’usine de Sherbrooke, qui existe depuis 1983, a rejeté 283 tonnes de CO2 dans l’air. Le secteur du transport de l’usine a réussi à réduire de 2,55 tonnes la quantité de CO2 émise de 2003 à 2004. La compagnie a d’ailleurs été finaliste en 2005 pour un Phénix de l’environnement décerné par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs.

«Pour les quelque 160 employés, c’est une fierté que de travailler pour une compagnie soucieuse de tout ce qui a un impact sur l’environnement. C’est notre but d’agir comme modèle. On a fait cet engagement en adoptant la Charte environnementale Estrie zone verte du Conseil régional de l’environnement de l’Estrie», de mentionner Jonathan Nicol. Le coût d’implantation pour élaborer un premier rapport d’émission de CO2 a représenté un déboursé de moins de 5 000 $. «On a la chance d’avoir une direction engagée en termes de respect de l’environnement», souligne M. Nicol, en précisant qu’une initiative d’un groupe d’employés, appuyée par l’équipe de direction, a beaucoup plus de chance de réussir à faire changer les mentalités.

Chez Baxter, une équipe «Meilleur citoyen» organise des campagnes de financement pour Centraide, encourage des causes sociales et chapeaute les initiatives environnementales. «Les employés ne sont pas obligés d’attendre que la direction s’implique», tient à préciser M. Nicol pour encourager le personnel des entreprises de la région des Laurentides à adhérer au programme Carbone zéro.

«Quand on diminue les gaz à effet de serre, on réduit nos déplacements. On a diminué de 6 % les frais de voyage en 2004 et de quelque 6 000 $ en 2005», a commenté M. Nicol, en précisant que cela permet à l’entreprise de réaliser des économies appréciables du même coup. L’investissement pour obtenir la certification Carbone zéro est ainsi bien rapidement récupéré.

«À l’usine de Sherbrooke, on récupère toutes les matières récupérables et dangereuses. Les systèmes d’éclairage et d’aération ont été revus. La seule chose qu’on n’a pas, c’est le compostage. On fait des dispositifs médicaux. On ne veut pas qu’il y ait des insectes qui pénètrent dans l’usine. On regarde tout de même pour mettre ce type de récupération en place», conclut Jonathan Nicol en énumérant tout ce qui se fait présentement pour préserver l’environnement.