Ideum.ca inc., une entreprise de petite taille, est la première
au Québec a avoir obtenu la certification Carbone zéro.
Les projets de cette firme montréalaise de consultation en design
(principalement pour des expositions) sont réalisés dans
le souci de respecter l’environnement.
C’est lorsqu’il était encore à compléter
son baccalauréat en design industriel que Louis Desrosiers a été
sensibilisé à l’importance de respecter l’environnement.
Au début des années 2000, le terme «empreinte écologique»
a particulièrement attiré son attention.
L’empreinte écologique est définie comme la surface
nécessaire pour produire les ressources consommées par une
population et pour absorber ses déchets, soit l’impact d’une
activité sur son écosystème. Elle peut se mesurer
par hectare par individu. Au Canada, d’après notre façon
de consommer les ressources, sept hectares sont utiles par individu. «Il
faut réduire cette empreinte écologique. À l’époque,
on avait mis sur pied un site pour promouvoir quelques solutions simples
pour y arriver», indique Louis Desrosiers.
Ce dernier a voulu entreprendre des actions encore plus déterminantes
en faveur de la préservation de l’environnement, sans être
à la remorque du gouvernement et des grandes entreprises. En 2004,
le président d’Ideum.ca a joint la Fondation canadienne de
l’arbre pour tenter de calculer l’émission de dioxyde
de carbone dans ses activités quotidiennes.
Ideum.ca émettait en 2003, 2004 et 2005 six tonnes de CO2 annuellement.
Depuis 2005, l’entreprise, en limitant ses rendez-vous à
l’extérieur du bureau, en utilisant le transport en commun
pour se déplacer lorsque nécessaire et en apportant des
changements dans le système de chauffage de ses locaux (qui est
passé du mazout à l’eau chaude), a réussi à
diminuer cette émission à 2,1 tonnes de CO2 par année.
«Nous sommes deux dans le bureau et nous sommes des concepteurs.
On utilise pour outils des crayons et du papier. Nous émettons
tout de même six tonnes de CO2 par année», fait observer
M. Desrosiers.
Pour neutraliser les émissions de CO2, la Fondation canadienne
de l’arbre plantait 36 arbres au nom de l’entreprise. L’investissement
de l’entreprise est de 4 $ par arbre en plus des 500 $ annuellement
requis pour obtenir la certification.
Les deux associés de l’entreprise auraient pu se contenter
de cette certification. Ils ont toutefois décidé de neutraliser
le CO2 émis pour servir leurs clients dans le cadre de divers projets.
Pour ce programme, 836 arbres ont été plantés pour
compenser l’émission de 198 tonnes de CO2 depuis l’année
2003-2004.
Utilisant du bois et divers matériaux dans le cadre d’expositions,
les associés d’Ideum.ca sont allés jusqu’à
acheter un terrain qu’ils ont reboisé en procédant
à la plantation de 249 arbres depuis 2003. «Pour que nos
projets soient certifiés Carbone zéro, on a évalué
le tout grossièrement. Pour les petits projets, on estime à
deux tonnes les émissions de CO2, pour les moyens à cinq
tonnes et pour les grands à dix tonnes», d’expliquer
Louis Desrosiers.
Pour ce dernier, ça ne fait que six mois à peine que les
clients cognent à la porte d’Ideum.ca principalement pour
sa préoccupation environnementale. Pourquoi a-t-il fallu tout ce
temps pour que les clients adoptent cette vision?
«C’est peut-être une question de génération.
Les gestes de préservation de l’environnement sont vus comme
une dépense. Le réflexe, dans les affaires, c’est
d’évaluer ce que ça rapporte en termes d’investissement.
De ce point de vue, ça n’est pas très clair pour les
gens», de préciser M. Desrosier.
Avec la notion du développement durable, les gens d’affaires
vont, selon lui, calculer de plus en plus la valeur économique,
la valeur environnementale et la valeur sociale de divers projets. Déjà,
ces données commencent à apparaître dans certains
rapports annuels appelés «rapports de développement
durable». Ideum.ca est membre du Global Reporting Initiative, un
organisme qui encourage les entreprises à adopter ce type de rapport.
«On produit nous-mêmes des rapports de développement
durable. On nous les demande partout au Canada, indique Louis Desrosiers.
Quand les gens fondent une compagnie, ils fondent une personne morale
au sens de la loi. Une fois l’entreprise créée, la
morale est partie.»
Pour M. Desrosiers, le fait que peu d’entreprises soient certifiées
Carbone zéro est dû à un manque d’information.
«Les gens mélangent encore couche d’ozone, réchauffement
climatique et protocole de Kyoto», lance M. Desrosiers pour démontrer
le travail de sensibilisation qu’il reste à faire. Une chose
est claire pour le président d’Ideum.ca, avec la vision qu’il
a de son entreprise, pas question d’ajouter à sa liste de
clients un pollueur comme, par exemple, une compagnie pétrolière.
«Si une telle compagnie nous appelle pour faire une affiche ou implanter
un centre d’interprétation sur les nouvelles technologies
d’extraction du pétrole, on ne répondra pas»,
avise M. Desrosiers.
Le programme environnemental de Ideum.ca a pour objectif de réduire
l’empreinte écologique. L’entreprise récupère,
recycle ses cartouches d’encre, son papier, achète des équipements
à faible consommation d’énergie. Après le reboisement
(pour remplacer le bois et le papier utilisés), l’utilisation
autant que possible d’énergie verte (pour compenser pour
l’énergie dépensée), M. Desrosiers compte bien,
d’ici peu, trouver un moyen pour purifier l’eau souillée.
Il y réfléchit…
Une grande entreprise qui montre l’exemple
La Corporation Baxter possède une usine à Sherbrooke. Depuis
plus de 70 ans, Baxter a participé activement à bon nombre
de percées médicales: médicaments intraveineux, dialyse,
traitements par des composants sanguins et traitement de l’hémophilie.
C’est la seule autre entreprise québécoise qui possède
la certification Carbone zéro. En 2005, elle est devenue la première
usine manufacturière au Canada à avoir été
certifiée Carbone Zéro.
De l’avis du coordonnateur en environnement, Jonathan Nicol, pour
qu’une compagnie soit certifiée ISO 14001, comme c’est
le cas pour Baxter, elle doit déjà s’interroger sur
ses pratiques environnementales.
Le concept de base de la norme ISO 14001 repose sur l’amélioration
continue des performances environnementales. «On s’est rendu
compte qu’on faisait de la récupération, qu’on
avait un programme de réduction de consommation d’énergie,
mais qu’on ne s’occupait pas des gaz à effet de serre.
Nous avons fait des recherches à ce sujet. Nous avons fait venir
une firme d’experts. Nous avons émis le premier rapport pour
l’année 2003. On l’a remis à la Fondation canadienne
de l’arbre», explique M. Nicol.
Pour neutraliser son émission de CO2 , la compagnie fera planter
chaque année autour de 450 arbres en Estrie. En 2005, l’usine
de Sherbrooke, qui existe depuis 1983, a rejeté 283 tonnes de CO2
dans l’air. Le secteur du transport de l’usine a réussi
à réduire de 2,55 tonnes la quantité de CO2 émise
de 2003 à 2004. La compagnie a d’ailleurs été
finaliste en 2005 pour un Phénix de l’environnement décerné
par le ministère du Développement durable, de l’Environnement
et des Parcs.
«Pour les quelque 160 employés, c’est une fierté
que de travailler pour une compagnie soucieuse de tout ce qui a un impact
sur l’environnement. C’est notre but d’agir comme modèle.
On a fait cet engagement en adoptant la Charte environnementale Estrie
zone verte du Conseil régional de l’environnement de l’Estrie»,
de mentionner Jonathan Nicol. Le coût d’implantation pour
élaborer un premier rapport d’émission de CO2 a représenté
un déboursé de moins de 5 000 $. «On a la chance d’avoir
une direction engagée en termes de respect de l’environnement»,
souligne M. Nicol, en précisant qu’une initiative d’un
groupe d’employés, appuyée par l’équipe
de direction, a beaucoup plus de chance de réussir à faire
changer les mentalités.
Chez Baxter, une équipe «Meilleur citoyen» organise
des campagnes de financement pour Centraide, encourage des causes sociales
et chapeaute les initiatives environnementales. «Les employés
ne sont pas obligés d’attendre que la direction s’implique»,
tient à préciser M. Nicol pour encourager le personnel des
entreprises de la région des Laurentides à adhérer
au programme Carbone zéro.
«Quand on diminue les gaz à effet de serre, on réduit
nos déplacements. On a diminué de 6 % les frais de voyage
en 2004 et de quelque 6 000 $ en 2005», a commenté M. Nicol,
en précisant que cela permet à l’entreprise de réaliser
des économies appréciables du même coup. L’investissement
pour obtenir la certification Carbone zéro est ainsi bien rapidement
récupéré.
«À l’usine de Sherbrooke, on récupère
toutes les matières récupérables et dangereuses.
Les systèmes d’éclairage et d’aération
ont été revus. La seule chose qu’on n’a pas,
c’est le compostage. On fait des dispositifs médicaux. On
ne veut pas qu’il y ait des insectes qui pénètrent
dans l’usine. On regarde tout de même pour mettre ce type
de récupération en place», conclut Jonathan Nicol
en énumérant tout ce qui se fait présentement pour
préserver l’environnement.
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