Fertiliser vos prairies avec des engrais de ferme: c’est possible, et surtout, c’est approprié!

Normand Bourgon,
agronome

Épandage de lisier sur une prairie à l’aide d’un épandeur muni d’une rampe basse. Ici, la repousse est longue puisqu’il s’agit d’une prairie en fin de rotation.


Il est facile de comprendre que les prairies constituent un bon endroit pour valoriser les engrais de ferme, surtout les lisiers et les purins. Les plantes fourragères croissent sur une longue période, donc le prélèvement des éléments nutritifs est maximisé. De plus, vos travaux d’épandage seront mieux répartis tout au long de la saison.

Si l’on considère qu’au printemps l’épandage sur les cultures annuelles en sols lourds avec l’aide de réservoirs à lisier n’est généralement pas possible, voire même à proscrire, les prairies sont une option à considérer. D’autre part, il est de plus en plus difficile d’obtenir une recommandation écrite de la part d’un agronome pour l’application en postrécolte sur sol nu et surtout avec des lisiers. Le risque de perte d’éléments nutritifs dans l’environnement est trop élevé. Nonobstant les considérations environnementales, il y a des avantages assurés du côté des prairies.

Alors pourquoi, en pratique, certains producteurs hésitent, même refusent, d’appliquer les engrais de ferme sur les plantes fourragères. Les principales objections que l’on entend sont: 1) la crainte de contaminer la prochaine coupe de foin (ce qui pourrait entraîner des problèmes de consommation); 2) la crainte de répandre certaines maladies, principalement surtout la paratu­berculose; et 3) la crainte de causer une mortalité prématurée dans les légu­mineuses.

Il est vrai que la faucheuse rotative pourrait «aspirer» des particules de fumier, mais ceci ne constitue pas un problème lorsque l’application se fait immédiatement après la coupe. Par contre, les fumiers solides doivent être très bien émiettés et sont mieux valorisés au printemps lorsque les conditions de sol le permettent.

Pour ce qui est de l’épandage sur les prairies de légumineuses, les producteurs qui pratiquent ce mode de gestion ont appris qu’il faut ajuster la dose selon la proportion du mélange graminée-légumineuse. Une trop grosse dose peut-elle endommager les légumineuses? Tout à fait. Cependant, les lisiers peuvent très bien s’employer sur la luzerne en autant que la quantité soit raisonnable, c’est-à-dire moins que 30 m3 /hectare. On pourrait dire qu’ici «la modération a bien meilleur goût»! Votre agronome pourra mieux évaluer la dose optimale chez vous. Vous direz: Est-ce que ça vaut la peine de passer dans nos champs pour appliquer seulement que 25 m3/hectare de lisier de vaches? Je crois que oui. Ce type d’application apporte normalement 30 kg d’azote, 30 kg de phosphore et 90 kg de potassium. Ceci équivaut à 300 kg/hectare d’une formule d’engrais 10-10-30. Passeriez-vous dans vos champs avec cette quantité d’engrais minéraux?

Quoique variables, les purins ont généralement une faible teneur en azote et une bonne quantité de potassium; il est donc propice et indiqué de les utiliser plus généreusement sur les légumineuses.

Et la paratuberculose?
Il existe une bonne conférence sur ce sujet dans le cahier du Symposium laitier 2007. On peut y lire que cette maladie peut avoir des impacts économiques certains, puisqu’elle est considérée comme la troisième maladie en importance affectant les bovins laitiers au Québec. Par contre, ce n’est que 1,8 à 3,1 % des vaches qui en sont affectées et les symptômes apparaissent après l’âge de cinq ans.

Le principal mode de transmission est l’ingestion par les jeunes animaux du troupeau de matières fécales qui proviennent d’adultes infectés. La propreté de l’environnement des veaux est donc primordiale. Or, il n’est pas mentionné que l’épandage de fumier sur les prairies peut être en cause. L’Institut de recherche Miner, dans l’État de New York, s’intéresse aussi à cette question (la prévalence de cette problématique semble être un peu plus grande aux États-Unis) et ses recherches ont démontré que l’agent causal le Mycobacterium avium paratuberculosis (MAP) est tué à 100 % par la fermentation en ensilage. Des études japonaises vont dans le même sens, c’est encourageant.

En résumé, les prairies sont un excellent endroit pour valoriser les fumiers et surtout les lisiers. Il ne s’agit que de savoir quoi faire et quoi ne pas faire.

Sur ce, je vous souhaite une excellente saison 2008!

Normand Bourgon, agronome
Conseiller en grandes cultures
et agroenvironnement
MAPAQ, Blainville