Acheter localement, c’est partir gagnant !

 

Christine Miron,
agronome 

 


Des études révèlent que le trajet moyen parcouru par les aliments du champs à la table, est de 2 600  km, ce qui équivaut à la distance qui sépare Montréal de Orlando, en Floride.  Dans un contexte où nous allons bientôt vivre une pénurie de pétrole, (il y en aura encore de disponible, mais pour qui et à quel prix?), il serait important d’analyser nos habitudes de consommation.  

Le concept d’achat local est simplement d’acheter des aliments (ou autres produits ou services) produits le plus près possible de votre résidence.  Avec l’industrialisation, les aliments sont maintenant cultivés sur de moins en moins de fermes et doivent voyager de longues distances pour atteindre le consommateur.  On utilise ainsi beaucoup d’essence, sans compter l’énergie requise pour la réfrigération.   Bien que cette méthode est soit considérée comme profitable aux grosses compagnies, elle s’avère nuisible pour l’environnement, parfois même pour les consommateurs ainsi que les communautés rurales.  De plus en plus d’emballages et d’agents de conservation doivent être utilisés pour préserver la nourriture durant ces longs voyages.  Ces emballages deviennent un déchet qu’il est difficile sinon impossible de recycler.  Les aliments produits industriellement sont difficiles à produire sans l’utilisation de pesticides, de fertilisants chimiques, d’antibiotiques et d’hormone de croissance qui peuvent être dommageables pour l’environnement et la santé humaine. Ensuite, les normes de production ne sont pas les mêmes dans les pays où la production est dictée par les gouvernements.  Des produits chimiques qui ne sont plus permis au Canada, comme le DDT, sont encore utilisés par certains pays de qui nous importons des produits alimentaires.  Cela signifie qu’en choisissant d’acheter un tel produit, nous risquons d’encourager la pollution d’un champ agricole, d’une famille d’agriculteur, de travailleurs d’usine ou encore la disparition des forêts tropicales et des cultures de subsistances.

Certaines études montrent que la spécialisation et la standardisation, en plus du transport sur de longues distances, affectent le potentiel nutritif des aliments.  Des pertes de nutriments, tels que les vitamines C, A, E et la riboflavine se produiront même sous d’excellentes conditions d’entreposage (Bender et Bender 1997), (MAFF, 1996).   La plupart des variétés de fruits et légumes vendues dans les supermarchés sont choisies en fonction de leurs habileités à être récoltées de manière industrielle et à voyager de longues distances, et non selon le goût.   Les fruits et légumes produits localement sont généralement vendus à l’intérieur de 24  heures, après être récoltés au moment où ils sont mûris à point et plein de saveur.  

En France, le distributeur alimentaire Casino a récemment divulgué un projet de système d’étiquetage appelé « les étiquettes vertes françaises » qui aiderait le consommateur à choisir les produits les plus respectueux de l’environnement.  Les renseignements fournis auront trait à la fois aux possibilités de recyclage de l’emballage, de la quantité de gaz à effet de serre émis uniquement à la fabrication et de la distance parcourue pour fabriquer le produit.

L’alimentation mondiale est contrôlée par une douzaine de multinationales. Au Canada, environ cinq chaînes alimentaires accaparent à elles seules 80 % du marché.  Les données de Statistique Canada montrent qu’en 2002 le revenu des agriculteurs a chuté à son plus bas niveau depuis 25  ans (UPA, 2004).   Entre 1977 et 1998, le prix d’une boîte de Corn Flakes a augmenté de 2,44  $, tandis que le prix revenant aux producteurs pour le maïs qu’elle contient ne s’est accru que de 3  cents! (Boyens,  I. 2001)

Les petites fermes locales sont généralement gérées par des propriétaires qui résident sur leur terre et qui travaillent très fort pour la préserver.  Lorsque vous achetez localement, vous pouvez rencontrer les producteurs et leur poser directement des questions à savoir comment sont produits les aliments, quels sont les intrants, etc.  De plus, vous pouvez donner aux producteurs votre impression sur la qualité et la fraîcheur des produits que vous achetez, ce qui souvent peut être pour eux une petite tape sur l’épaule qui donne beaucoup d’encouragement pour leurs longues journées de labeur.  Plusieurs petites fermes, même si elles ne sont pas certifiées biologiques, utilisent des méthodes d’agriculture durable qui aident a à protéger l’air, le sol et l’eau. 

Acheter localement, c’est aussi encourager l’économie et la dynamisation des régions. Les communautés rurales retirent plus de bénéfices économiques de la présence de petites fermes que de fermes industrielles.  Des études ont démontré que les petites fermes réinvestissent plus d’argent dans l’économie locale (Flore, Jan  L, 2003) que les grosses fermes qui achètent souvent en grosse quantité de compagnies étrangères.

Si, à chaque semaine, les familles québécoises remplaçaient 20  $ d’achat de biens provenant de l’extérieur par la même valeur en produits du Québec, plus de 100 000 emplois pourraient être créés (Béland, Claude, 1994).   Certaines entreprises avant-gardistes n’offrent que des produits locaux et préfèrent diversifier leurs produits plutôt que d’augmenter leur production.

En choisissant des produits locaux vendus à la ferme, au marché local, à l’autocueillette et l’épicerie qui s’approvisionne localement, vous achetez le maximum de fraîcheur et de goût et vous ne payez pas pour le transport et l’emballage.  De plus, vous permettez aux producteurs de recevoir un juste prix pour leurs produits et vous contribuez à dynamiser l’économie locale en plus de garder en vie les petites fermes qui créent des emplois en région.  Acheter localement, c’est partir gagnant!

Vous retrouverez sur les sites Internet suivants des répertoires agroalimentaires d’entreprises agricoles qui vendent à la ferme :   [www.agro-outaouais.com] et [www.agrolaurentides.qc.ca].

Christine Miron, agronome, conseillère en production animale et  agroenvironnement
 MAPAQ, secteur Outaouais

Acheter localement, c’est partir gagnant