Remise en question de l’accréditation unique: «L’UPA, une organisation indispensable, mais qui dérange…»

 

Richard Maheu,
Président

 


Depuis que le rapport de la Commission sur l’avenir de l’agriculture a été rendu public, la plupart des recommandations qu’il contenait ont été occultées par celle visant à permettre aux producteurs de choisir leur accréditation syndicale et à plusieurs syndicats de cohabiter. Depuis, un certain nombre de journalistes et de personnalités médiatiques ne se sont pas gênés pour dénoncer l’UPA et l’accuser de tous les maux qui affligent notre secteur.

Tout cela est bien triste. Nous avons participé à cette commission en espérant que les conclusions qui en seraient tirées seraient porteuses d’espoir pour l’ensemble du secteur et pour les producteurs. On souhaitait un contrat social renouvelé avec l’ensemble de la population et, franchement, le ton des audiences nous permettait d’espérer. Quel rendez-vous manqué! Au lieu de resserrer le lien social autour d’un message rassembleur, le rapport divise. Parmi toutes les recommandations, c’est la numéro 47, celle de l’accréditation unique de l’UPA, qui aura retenu l’attention médiatique alors que des enjeux tellement plus importants doivent être discutés.

Force est de constater qu’on aime haïr les monopoles. Les attaques les plus virulentes sont venues d’individus qui connaissent à peine le secteur agricole. Ces mêmes individus qui se défendent sous l’égide de l’UDA (l’Union des artistes), mais qui ne font pas la relation qu’il s’agit du même type de structure et d’organisation que l’UPA. L’Union des artistes aussi est un syndicat à accréditation unique.

Cependant, il faut être réaliste. Si l’UPA était responsable des problèmes qui affligent le secteur agricole, il y a belle lurette qu’elle aurait éclaté et la crise que nous connaissons ne serait pas d’ordre mondial. En fait, quand on regarde ce qui se passe ailleurs dans les autres provinces canadiennes, les producteurs québécois tirent un peu mieux leur épingle du jeu. «Quand on se regarde, on se désole, mais quand on se compare, on se console», dit le dicton. J’ose croire que notre force collective et la structure dont nous nous sommes dotés depuis 80 ans y sont pour quelque chose.

On reproche à l’UPA de favoriser le corporatisme agricole et l’industrialisation de l’agriculture au lieu de s’occuper des plus petits producteurs et de favoriser l’achat local. Pourtant, toutes les actions de l’UPA visent à favoriser la ferme familiale à dimension humaine. Il s’agit là de l’une de ses principales orientations.

Chaque année et depuis longtemps déjà, les producteurs agricoles du Québec investissent globalement, par l’entremise de l’UPA et de ses affiliés, plusieurs dizaines de millions de dollars en publicité et promotion des produits d’ici. La campagne publicitaire «Plein de gens d’ici, plein de fromages d’ici», ceux de nos petits transformateurs entre autres, est entièrement financée par l’ensemble des producteurs de lait. Nous avons également de nombreux partenaires, comme Équiterre et la Fédération des coopératives alimentaires du Québec avec qui nous avons réalisé la campagne «Achat local toujours en tête». Nous sommes également partenaire de l’Association québécoise des marchés publics afin de développer davantage ce mode alternatif de mise en marché des produits québécois. L’UPA finance, conjointement avec le MAPAQ et le Conseil de l’alimentation du Québec, un organisme nommé Aliments du Québec, dont la mission est de promouvoir spécifiquement auprès des grandes chaînes alimentaires les produits québécois en y apposant l’étiquette «Aliments Québec». Ce logo permet aux consommateurs de traduire en geste concret leur préjugé favorable pour les produits québécois.

Grâce à nos représentations provinciales, le gouvernement du Québec vient de lancer une campagne de sensibilisation de 14 M$, «Le Québec dans votre assiette». Nous continuons à faire des pressions pour que cette campagne se transforme, à plus long terme, en véritable politique gouvernementale d’achat local. Nous travaillons également afin de faire modifier les lois concernant l’étiquetage sur la provenance et la réciprocité des aliments. À l’échelle internationale, l’UPA est très présente aux négociations de l’OMC et a positionné son leadership en introduisant le concept de souveraineté alimentaire et en y faisant adhérer plus d’une quarantaine de pays déjà. Toutes ces actions vont dans le sens des recommandations de la Commission sur l’avenir de l’agriculture.

Les détracteurs de l’UPA la jugent généralement de l’extérieur. Pourtant, quiconque s’implique sait qu’elle est basée sur le débat des idées, le consensus et les compromis. Cela n’est possible que par un niveau incomparable de démocratie interne difficilement atteignable lorsque plusieurs organisations doivent s’entendre pour réclamer leur dû. Peu importe qui porte le flambeau au nom des producteurs agricoles du Québec, qu’il s’agisse de l’UPA ou de quelque autre organisation, aucune ne peut se démarquer, exercer son leadership et être pleinement efficace si on ne lui confie pas tous les leviers nécessaires que procure l’accréditation unique.

Richard Maheu
Président